LE COLLECTIF ESKANDAR, C’EST QUOI ?
C’est une femme en colère sur le point de se faire expulser de chez elle qui provoque un immense tremblement de terre et qui part, accompagnée de son fils de huit ans, refaire sa vie dans une ville complètement détruite qu’elle baptise Eskandar. C’est un architecte déprimé qui, après s’être noyé dans une piscine municipale, fait une expérience de mort imminente. Plongé dans un coma profond, il se retrouve dans une ville immense et découvre les images de toutes les autres vies possibles, toutes les vies manquées, désirées, qu’il aurait pu vivre. C’est une mère célibataire qui, après avoir habillé son petit garçon de cinq ans d’une combinaison de spationaute, le jette par la fenêtre du huitième étage de l’immeuble où elle vit, pour le faire passer de l’autre côté d’un trou noir où existerait une exoplanète sans guerre ni dévastation. On suit alors l’enfant ressuscité à travers une forêt extraterrestre à la recherche de cette utopie. C’est un frère et une sœur harcelés dans leur établissement scolaire qui, en se mettant à écrire des poèmes assassins, finissent par provoquer la mort de leurs principaux harceleurs. La poésie devenant alors l’espace où se réapproprier une puissance, un pouvoir, un amour-propre, entre vie et mort, violence et vengeance, crime et liberté. Pour ne plus se laisser écraser. Pour être davantage.
« Gestes du défi et de la riposte / et de l’évasion hors des goulots d’étranglement / Gestes du dépassement / du dépassement / surtout du dépassement / (pré-gestes en soi, beaucoup plus grands que le geste, visible et pratique qui va suivre. » écrit Henri Michaux qui semble définir pour nous le travail artistique.
L’univers du collectif Eskandar se déploie ainsi à la frontière entre théâtre, musique et poésie, réel et onirisme. Dans un dialogue constant avec des compositeurs et compositrices – la musique étant un des foncements du travail – nous interrogeons nos manières de vivres dans un monde abîmé, nos rapports à l’avenir et la capacité de l’imaginaire à inventer d’autres possibles, des espaces de joie, de partage et d’émancipation dans des temps difficiles et incertains.
Nous menons également un travail d’écriture à partir de rencontres dans les villes, les villages, les quartiers et les campagnes, avec des personnes de tous les âges et de toutes les origines, autour des rêves, du vivant et des rapports que chacun et chacune peut entretenir à son lieu de vie, à son époque et à l’avenir. Comment créer du commun et penser l’inédit de notre époque ? Comment continuer de faire du théâtre ce lieu précieux de partage où nous pouvons collectivement nous confronter aux grandes questions et aux énigmes de notre temps ? Comment exprimer les récits et la singularité des vies dans un monde qui ne cesse de les uniformiser ?
Les spectacles du collectif Eskandar ont été présentés dans les Centres Dramatiques Nationaux de Caen, Rouen, Vire, Poitiers ainsi qu’au Théâtre Gérard Philipe de Saint Denis. Nous avons également joué dans plusieurs scènes nationales comme à Dieppe, Cherbourg, le Mans, Le Creusot, aux Scènes du Jura et dans différentes salles et réseaux comme le Théâtre Municipal de Grenoble, le Périscope de Nîmes, le réseau du Groupe des 20 Théâtre en Île-de-France, le théâtre Joliette à Marseille ou le théâtre des Célestins de Lyon.