• Un enfant meurt et sur le lieu de sa mort quelques jours plus tard surgit une forêt immense

 

  • Résumé

 

Un enfant est jeté du balcon d’un immeuble par sa mère qui vit seule dans une profonde misère sociale et psychologique. Quelques jours plus tard, une forêt gigantesque surgit et dévaste une région entière, détruisant l’ensemble des constructions humaines sur plusieurs milliers de kilomètres carrées. Des êtres réapprennent à vivre dans cette démesure végétale, se croisent, se rencontrent. Une garde forestière que le surgissement de la forêt a sorti d’une longue déprime, un jeune homme épileptique qui se fait appeler Deux Neurones, une CRS en fuite, un homme Wilfrid Kahn à la dérive qui se prend pour le père de l’humanité et qui erre dans les profondeurs de la forêt, trimbalant avec lui des échantillons de sperme et rêvant à la fondation d’une nouvelle civilisation.

 

  • Quelques notes sur Le pays innocent  

 

Quels nouveaux récits face à ce sentiment de perdre la terre ? Comment exprimer l’irruption de cette menace démesurée dont nous ne savons que faire ? Comment la période actuelle vient bouleverser à de nombreux endroits nos conceptions de ce qu’on appelle nature, biologie, culture, avenir ? Pourquoi les ruines hantent-elles nos imaginaires ? Comment appréhender son devenir aujourd’hui, l’inventer, face à la catastrophe ? Que peut-on fabriquer qui puisse être éventuellement ressource pour ceux et celles qui viennent ?

 

Je souhaite également travailler sur le motif de la forêt, de l’imaginaire de la forêt, du surgissement de cette forêt comme déploiement de rêves et de fantasmes face aux grandes destruction contemporaines.

 

Ce spectacle s’inscrira également dans la recherche qui est la mienne de proposer un théâtre rhapsodique agençant plusieurs formes littéraires et théâtrales (récits-dialogues-poèmes-fragments).

 

Les trois écologies dont parle Felix Guattari, l’écologie mentale, l’écologie environnementale, l’écologie sociale, sont des axes majeurs pour nourrir cette écriture et me permettent de percevoir comment – pour paraphraser Annie Le Brun – la dévastation de la forêt amazonienne est en lien avec la déforestation de nos imaginaires. Les questions par ailleurs sociales, d’appauvrissement de nos expériences sensibles, seront présentes.

 

Formellement, j’aimerais pouvoir proposer un texte mosaïque avec différents chapitres, différents fragments, comme s’il s’agissait de rendre compte du nouvel écosystème de cette forêt, où plusieurs fictions se tisseraient, où plusieurs formes (dramatiques, épiques, poétiques) s’alterneraient afin de rendre compte peut-être d’un écosystème composite, celui de la forêt, celui des imaginaires dans ce contexte de catastrophe mondiale.

 

Le pays innocent questionnera et le rapport que l’on entretient aux origines et à la descendance, à ce que nous projetons de nous-mêmes dans le monde qui vient et nos tentatives pour continuer d’inventer des espaces de lutte et de vies, dans une uniformisation de nos modes de vies.

 

Il sera question de la manière dont nous fabriquons des enfants et donc une société, de l’avenir qui nous échappe que nous engrossons chaque seconde. L’avenir, fait de catastrophes écologiques, de nouvelles épidémies, de mouvements sociaux et politiques, de luttes nécessaires, d’amours, d’inattendus, pour une habitation encore possible de la terre, de ce monde encore et toujours à reprendre et à réparer.

Samuel Gallet

 

Plus d'informations

> création automne 2023

> production : Collectif Eskandar

Recherche de partenaires en cours.

 

Extrait

1

Il était environ 15h30 quand les policiers ont été prévenus. Ils sont arrivés les premiers sur les lieux et ont tenté de ranimer le petit garçon qui gisait au sol en arrêt cardio-respiratoire. Ils lui ont prodigué un massage cardiaque. Une équipe du Samu a ensuite pris le relais. Les mains du médecin comme celles d’un père inquiet. Mais il était trop tard. L’enfant est décédé avant son évacuation à l’hôpital. Son cœur. Comme une étoile. Avalée par un trou noir.

2

1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10

3

- Madame
Madame ?
Madame ?
- Oui
- Vous êtes accusée d’avoir jeté votre enfant du 8ème étage.

(…)

Madame ?
Vous m’entendez ?
- Où est-il ?
- Vous êtes accusée d’avoir jeté votre petit garçon de 5 ans de la fenêtre de votre appartement
- Il a crié.
- Vous l’avez jeté ou non ?
- Il crie toujours.
- Il était sur le balcon.
- Rendez-le-moi.
- Madame, vous m’entendez ?
- Il crie toujours beaucoup.
- Vous l’avez pris et vous l’avez jeté dans les airs.
- C’est un oiseau.
- Il est tombé.
- Vous mentez !
- Madame ?
- RENDEZ-LE-MOI


4

De l’autre côté du trou noir, l’enfant se relève, essuie un peu la poussière sur ses vêtements, regarde le jour, les grandes barres d’immeubles, le soleil sur les façades, les gens assemblés tout autour de lui, sourit comme un enfant sourit, légèrement étranger à son propre sourire. De l’autre côté du trou noir, l’enfant retourne vers la porte d’entrée de l’immeuble, et il entre, et il prend l’ascenseur, monte jusqu’au 8ème étage, rejoint son appartement. De l’autre côté du trou noir, l’enfant retrouve sa mère, essuie les larmes de sa mère, reprend le dessin interrompu, une terre possible, le visage du monde réparé, un enfant qui s’envole vers des nuages aux formes merveilleuses. De l’autre côté du trou noir, sa mère s’apaise. De l’autre côté du trou noir, les médicaments ne sont pas posés en désordre dans l’armoire à pharmacie, il n’y a pas de couteau près de l’évier de la salle de bain, les factures non payées ne s’amoncèlent pas dans la panière de l’entrée. De l’autre côté du trou noir, on a trouvé le remède. De l’autre côté du trou noir, je vengerai ton cœur, dit l’enfant. Ton cœur lacéré, ton cœur dilacéré, ton cœur.

5

- Je vais vous demander de nous suivre Madame (Dit la Flic)

(…)

Madame ?
- Ah tu es là ? (Dit la mère)
- Je prenais l’air (répond L’Enfant)
- Je vais vous demander de venir avec nous (Dit la flic) Emmenez-là (ajoute-t-elle aux ombres d’hommes derrière elle)

6

1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 et 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10 1 et 2 et 3 et 4 et 5 et 6 et 7 et 8 et 9 et 10

7

La forêt a surgi quelques jours après la mort de l’enfant. Il était environ 3h30 du matin. Des arbres sont soudainement sortis de terre, et ont atteint en quelques heures des tailles invraisemblables. Personne n’a compris comment ils avaient pu pousser si rapidement dans les plaines. Ils mesuraient près de 300 mètres de haut, étaient larges et épais, aux troncs noueux, ou secs et rectilignes, d’espèces multiples, sequoias, peupliers et sapins, feuillus, conifères, chênes, pulvérisant les maisons et les routes dans un élan imparable, jaillissant en plein milieu des champs ou sur les places des villages, près des fontaines, explosant les vieux bâtiments, les petites églises de campagne, faisant voler en éclat les toits des maisons et les supermarchés, fracassant les murs, fracassant les édifices des entreprises, fracassant entrepôts, hameaux, fermes et prisons, recouvrant alors d’une forêt profonde et dense, en moins d’une journée, un territoire immense de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Des villages ont été totalement détruits, des routes sont devenues impraticables, des petites villes ont été avalées dans ce gouffre végétal. Il y a eu des milliers de morts et de disparus. Certains arbres ont jailli sous les maisons, depuis les caves, ont traversés les sols, les carrelages et les dalles, ont crevé le plancher des chambres, dessous les lits et ont transpercés des corps plongés dans le sommeil. Des troncs ont éventré des hommes, empalé des femmes, des arbres sont sortis des torses, des bouches, ont broyé des crânes, on a retrouvé un homme d’une quarantaine d’année une branche de mélèze dans la bouche et un chêne s’est enraciné dans le ventre d’un porc endormi.

8


Dans cette époque de salopards, dans cette époque de tueurs et de tueuses sans pitié, dans cette époque avide vulgaire immonde et indigne, dans cette époque de pervers, de sadiques, de faux-culs et de balances, QUELLE JOIE, QUELLE BENEDICTION, QUELLE SPLENDEUR, QUELLE MERVEILLE INATTENDUE, que le surgissement de cette forêt immense
- S’enthousiasme sans nuance La Garde forestière.


Samuel Gallet | Le Collectif Eskandar

Création 2023 LE COLLECTIF ESKANDAR (CAEN)

Texte et mise en scène Samuel Gallet

Avec Vincent Garanger, Théo Costa Marini, Olivia Chatain, Caroline Gonin, Aëla Gourvennec, Mathieu Goulin

Musique : Aëla Gourvennec et Mathieu Goulin

Son : Fred Bühl

Scénographie : Damien Caille-Perret

Costumes : en cours

Lumière : Samaële Steiner 

Dramaturgie : Pierre Morice

Photographie : Dan Ramaën 

Administration : Agathe Jeanneau / agatjeanneau@gmail.com

Diffusion : Olivier Talpaert (En votre compagnie) / oliviertalpaert@envotrecompagnie.fr