Les anthologies oniriques

Portrait onirique de territoires

Quelques notes sur une anthologie onirique

Opposante de la première heure au régime hitlérien, Charlotte Beradt (1901-1986) conçut dans une volonté de résistance une étrange entreprise : de 1933 à 1939 elle rassembla 300 rêves de femmes et d’hommes ordinaires pour mesurer combien le nouveau régime malmenait les âmes. De ces recueils de paroles est né un livre Rêver sous le IIIème Reich que Charlotte Beradt finalisa en exil aux Etats-Unis avec le soutien d’Hannah Arendt. Ce livre montre d’abord avec quelle efficacité le IIIème Reich assassina le sommeil, l’entreprise de domination totale, s’étendant jusqu’à la vie onirique. Il présente ensuite de manière inédite, à travers les rêves, la servitude volontaire en régime totalitaire, prise dans toute sa complexité, avec ses oscillations, ses retournements éventuels, sa dynamique imprévisible. Il révèle enfin, de façon surprenante, que ceux qui ont rêvé sous la dictature ont souvent pressenti les développements du régime totalitaire et anticipé sur les analyses les plus élaborées qui en ont été proposées. Il ne s’agira cependant nullement ici en proposant des résidences de travail dans les territoires autour des récits de rêves de chercher un lien avec l’Europe de 1933 et la montée du nazisme – amalgame facile qui occulte ce qu’il y a de véritablement inédit dans ce que nous vivons – ni de venir débusquer dans les onirismes les traces d’un système totalitaire en cours d’installation. S’inspirer du travail remarquable de Charlotte Beradt, c’est avant tout considérer les rêves comme des outils de connaissance et penser pouvoir y découvrir des images singulières, des intuitions inédites pour penser l’époque actuelle. Établir ainsi une grande anthologie des récits de rêves suite à des rencontres dans des villes, villages, communes, quartiers, campagnes, selon des espaces différents – établissements scolaires, bibliothèques, gares, stades, cafés, résidences – c’est se proposer de donner un portrait du monde contemporain par les rêves qu’il produit. C’est faire le pari poétique de pouvoir dessiner comme un morceau de la grande toile onirique de notre modernité. C’est affirmer absolument que le monde actuel ne peut se comprendre en faisant abstraction de la part onirique, inconsciente et collective qui nous fonde.

Concept et procédure de travail

Pendant quatre jours, des auteurs de théâtre, des musiciens et un comédien se rassemblent et partent enquêter dans une ville ou un village, un quartier ou un canton, une commune ou une cité. Ils installent dans différents lieux du territoire des dispositifs spéciaux propices à la rencontre et aux récits de rêves. A partir d’une série d’entretiens individuels autour de la question du rêve, endormi ou éveillé, intime ou politique, impossible ou réalisable, amoureux ou cauchemardesque, et grâce à des drogues puissantes telles que tisanes, thés verts ou encens, ainsi que d’appareils sophistiqués, poèmes, photos, dessins, les auteurs récolteront récits, coutumes, particularismes et habitudes oniriques. Ils composeront alors une dizaine de textes et révèleront le résultat de leur enquête en fin de résidence dans une forme poétique musicale et théâtrale où apparaîtra alors le portrait onirique du territoire en question.

Enregistrement et anthologie numérique

A la fin de chaque résidence une dizaine de récits de rêves seront alors enregistrés par les auteurs et les musiciens et composeront une partie de la grande anthologie onirique des habitants de la ville d’Eskandar construite progressivement au fil des résidences, des rencontres et des déplacements. Ces créations sonores seront ensuite consultables sur le WEB, l’anthologie onirique s’enrichissant à chaque nouvelle enquête et prenant alors la forme d’une cartographie numérique de la ville d’Eskandar. Ces ensembles de récits de rêves composeront l’image de la ville imaginaire d’Eskandar en fonction de quartiers différents. Selon la singularité du récit de rêves, il trouvera sa place dans le quartier idoine. Afin de connaître comment rêvent les habitants, il ne vous suffira plus alors qu’à cliquer et à écouter les récits de rêves.

Prochaines résidences

Centre pénitentiaire de Caen, du 11 au 15 décembre 2017
Centre pénitentiaire de Lons le saunier, du 18 au 23 janvier 2018
Mesnil-sur-iton, du 5 au 10 février 2018
Collège de Navarre d’Evreux, du 12 au 16 février 2018
Avranches, du 26 au 30 mars 2018
Mortain, du 2 au 7 avril 2018