La bataille d’Eskandar

Théâtre et musique

L’histoire

La bataille d’Eskandar créé en février 2016 au Théâtre du Préau – Centre Dramatique de Vire et dans le bocage normand – raconte l’histoire d’une femme qui, pour échapper aux huissiers, rêve d’un séisme qui les ferait disparaître. Ainsi le chaos lui permettrait-il de se reconstruire autre, avec Mickel, son fils de huit ans et demi. L’urgence est telle et le rêve si fort que la catastrophe advient. Tout s’effondre. Dans la ville d’Eskandar, la nature reprend ses droits. Un zoo est laissé à l’abandon, des fauves s’échappent, et attaquent celles et ceux qui n’ont pas pu ou voulu partir. Parmi eux, Thomas Kantor, un obscur criminel en cavale. Se rebaptisant Madame de Fombanel, cette femme s’enfonce dans la zone pour abattre des lions, à la fois effrayée et fascinée par la propagation du désastre.

Une modernité en tension

« Un artiste organise toujours l’envahissement de la marge et déborde le centre. Il fait venir les banlieues de l’écriture sur les places de la décision »
Serge Pey

Eskandar. Ville imaginaire, onirique, pour nommer ces espaces troubles de nos sociétés, ces zones tant symboliques que réelles, laissées à l’abandon, mises à l’écart de la marche du monde – friches, banlieues, périphéries, no-man’s land – qui expriment à la fois ce qui disparaît irrémédiablement et ce qui n’est pas encore repérable, les premières pousses d’un monde nouveau. Eskandar peut-être ici comprise comme symbole de notre modernité en friche, minée par le dégout d’elle-même, traversée par des jaillissements de violences et où apparaissent malgré la peur et les replis, malgré les haines attisées et les tensions, de nouveaux alphabets pour dire et inventer le monde de demain. Dans ce mouvement de disparition de l’ancien et d’apparition du nouveau, le paysage de cette zone en voie de dissolution et peuplée par des fauves ambiguës, fera entendre à la fois l’impatience que quelque chose explose, le désir de voir le monde sombrer d’un coup et les énergies de reconstructions qui peuplent et nos sociétés et nos fors intérieurs. Le poème dramatique évoquera cette tension, que le rêve exprime sans contradiction, entre notre obscur désir de destruction et notre lutte quotidienne pour construire des espaces viables pour soi et pour autrui. Espaces sous tension peuplés de vertiges, d’appréhensions mais aussi de joie, de beauté et d’humour.

Un poème dramatique et musical

Dans la bataille d’Eskandar, je poursuis ma recherche d’une forme entre fiction dramatique et dit poétique parlé et chanté. A la croisée du théâtre et du concert, alternant entre incarnation fictionnelle et distanciation narrative, chant et dialogue, ce dit poétique et théâtral évoque l’univers de cette zone Sud, les bouleversements du monde et la lutte obstinée d’une femme contre la déréliction d’un monde, à la fois effrayée et fascinée par la propagation du chaos.

Représentations

A venir :

Du 6 au 29 juillet à 21h15 au Théâtre des Halles, Festival d’Avignon

Représentations passées :
Le 17 avril, 19 avril 2018, Le Tangram, scène nationale d’Evreux
Le 13 avril 2018, Centre culturel d’Avranches
14 mai 2017, Les Scènes du Jura, Scène Nationale
Du 26 février au 8 mars 2016 en tournée dans le bocage Normand
Et les 09, 10 et 11 mars 2016 au théâtre du Préau

 

Plus d'informations

Le texte est paru en 2017 aux éditions Espaces 34.
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Extrait

Voilà une femme
Criblée de dettes
Nous allons vous raconter son histoire
Elle est la
Assise dans son petit appartement
Quelque part
N’importe
Elle n’est pas forcément à plaindre
Elle n’est pas misérable
Elle endure
Comme beaucoup d’autres
Elle endure
Mais elle est aujourd’hui
Tellement coincée dans sa vie
Sans plus aucune ressource
Et sans espoir de solution
A attendre en se rongeant les ongles
Qu’on vienne l’expulser de chez elle
Qu’elle finit par rêver
Que quelque chose de terrible advienne
Que tout soit détruit
Et que le désastre soit pour tout le monde
Voilà une femme
Qui espère un cataclysme
Afin de pouvoir refaire sa vie
Disparaître
Commencer une vie nouvelle
Et ce sont des images d’une violence infinie
De destructions totales
De villes en flamme
Qui jaillissent à l’intérieur d’elle-même
Et le rêve alors devient réel
Et le réel est le rêve
Et la catastrophe advient
Un séisme
Tout s’effondre
La ville est détruite
Et c’est terriblement proche et simple au fond
Tellement évident
Quand on est au monde
En ce début de vingt et unième siècle
Ces moments où l’on ne comprend plus
Rien à rien

Texte Samuel Gallet
Mise en scène et dramaturgie Le collectif Eskandar
Création lumière Adèle Grépinet
Régie lumière Adèle Grépinet & Laurent Poussier
Création & régie son Fred Bühl
Décor Les ateliers du Préau
Costumes Malika Maçon

Avec
Samuel Gallet (jeu),
Pauline Sales (jeu),
Aëla Gourvennec (composition musicale, piano, Violoncelle) &
Grégoire Ternois (composition musicale, Percussions, claviers, N’goni)

Production Le collectif Eskandar
Co-production & partenaire Le Préau-CDN de Vire (Normandie)

La compagnie est soutenue par Odia Normandie

Administration
Agathe Jeanneau
lecollectifeskandar@gmail.com

Diffusion
Olivier Talpaert
(En votre compagnie)
oliviertalpaert@envotrecompagnie.fr

Texte publié aux Éditions Espaces 34
Lauréat du Prix Collidram 2018